samedi 23 janvier 2016

233. CHRONIQUE : 2084, fin du monde.


2084
Boualem Sansal, 2015
Science-fiction
Langue française - 274 pages
Lecture livre.

2084: La fin du monde - Rentrée littéraire Gallimard

L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.
Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…
Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.

Tout d'abord, je voulais remercier très chaleureusement PriceMinister et ses matchs de la rentrée littéraire pour m'avoir proposé de chroniquer, de manière créativ,e 2084, La fin du Monde de Boualem Sansal.

J'ai choisi de créer un rapport, avec des éléments supprimés comme surligné au marqueur (si vous souhaitez lire ce qui a en dessous, n'hésitez pas à utiliser votre souris pour surligner le texte, il apparaitra comme par magie !)

Les mots-clefs de l'opération sont : #MRL15 et #PriceMinister et n'hésitez pas à m'envoyer vos propres liens de chroniques pour l'opération, je me ferai une joie de les lire  ! C'est parti...

RAPPORT #55 - chronique. rentrée littéraire

2084, fin du monde de Boualem Sansal raconte l'avenir d'un nouveau monde, qui a jailli des cendres du monde pour soumettre les masses dans un fanatisme religieux près de ce que nombre de pays connaissent aujourd'hui avec l’État Islamique. Ce pays est « né avec l'idée absurde que tout ce qui existait avant l’avènement du Gkabul était faux, pernicieux et devait être détruit ». Comme vous le savez, j'évite généralement les citations, mais celle-ci m'a remise en tête des images que j'aurai aimé ne jamais voir, de merveilleuses constructions antiques réduites en miette pour la volonté de religieux qui n'ont très probablement jamais lu ces textes qu'ils prônent...

Après nous avoir apporté toutes les informations sur cet univers dans lequel les futurs personnages seront introduits, le prisme narratif se resserre sur Ati, un jeune homme qui a été absent deux longues années pour Tuberculose, reclus dans un sanatorium loin de la ville. Durant ce temps il a vu, entendu, compris des choses et une étincelle est née en lui pour ne plus pouvoir s'éteindre par la suite. C'est à travers ses yeux, son quotidien et ses problèmes que nous apprendrons les mensonges et la manipulation des foules. La foule encore une fois, tout simplement car l'homme n'est plus un mais masse, l'individu se doit collectivité.

La plume de Boualem Sansal est fleurie, poétique, mais beaucoup trop foisonnante, passant parfois du coq à l'âne avant de revenir sur des choses déjà répétée cent fois, les marqueurs temporels sont parfois complexes à voir, les déroulements presque filmiques de la dernière partie peuvent fatiguer le lecteur voire même le perdre complètement. Les premières pages, le premier chapitre a été complexe, j'ai eu du mal à accrocher, la contextualisation peut-être un peu trop écrasante. Il y a quelques lourdeurs et redondances mais il y a un petit rien qui compense et ravit : une atmosphère. Lourde, prenante, étouffante. On voit les horreurs sans pour autant avoir à subir leur lecture, on projette, on creuse, on questionne.

Rien de mieux pour garder les moutons qu'une seule et unique langue ? L'Abilang est un savant mélange dont la fabrication est très simple, prendre Abi, Yölah ou le Gkabul pour décrire autre chose. Deux syllabes uniquement. Vous imaginez être privés de « sempiternel », « pénitence », « philosophie », etc. et de se contenter de « manger, prier et dormir » ? Parler une autre langue est impossible. Pour un État Totalitaire, c'est compréhensible, ne vous êtes-vous jamais demandé de quoi parler les touristes dans le métro ? N'avez-vous pas surpris des regards interrogateurs lorsque vous en êtes un vous-même ? Souvenez-vous du Novlangue de Orwell. 1984 est pris en modèle bien souvent, et les références y sont tellement nombreuses que je n'ai qu'une seule envie, pouvoir le relire.

Il y a dans ces quelques 274 pages de nombreux non-dits. Finalement, je n'ai pas l'impression que l'on sache véritablement comment le tout s'est déroulé, ce qu'il s'est passé avant la date fatidique de 2084. Le tout est comme suspendu et des questions s'amassent au fil des pages, laissant le lecteur méditer sur le sujet plutôt qu'en le renseignant. Les réponses obtenues sont celles qui taraudent Ati, et non pas celui qui lit son périple. Il n'y a pas de fin véritable, plutôt de multiples possibilités interprétables de manière différentes et aucun réponse quant à ce nom que l'on entend partout, Democ, car sa signification est plus qu'évidente.

Ati est un personnage intéressant : grain de sable dans le rouage ou marionnette ? On peut parfois se poser la question. J'aime beaucoup le personnage de Koa également. Toz représente la survie de ce qui m'est le plus cher donc bien entendu, je le porte également dans mon cœur. Et il y a des personnages à foison. Des noms, encore des noms, d'autres noms, des hommes par centaine. Et nous arrivons donc à un autre sujet. Il n'y a pas de femme, enfin si, une représentation de seins ou de postérieur, un burniqab intégral les cachant au regard, une mère, une sorcière, une enfant vendue au mariage après ses premières règles... La femme n'est pas un personnage, c'est un élément de décor.

Pour conclure... malgré de nombreux défauts apparents, et des éléments qui m'ont déplus, j'ai été véritablement séduite par cette réadaptation de 1984 et à sa volonté de dénonciation de systèmes en place de nos jours (bien que son avertissement clame haut et fort que c'est entièrement de la fiction). Une belle découverte.


Vous l'avez lu ? N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! 
Lecture entrant dans les challenges : 
   


12 commentaires:

  1. J'aime beaucoup ton idée de rapport et de parties de textes à surligner ;)
    De plus, tu as réussi à me donner envie de lire ce livre malgré ces défauts ce qui n'était pas gagné...

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    1. Merci :) Je suis contente de t'avoir donné envie de lire ce roman !

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  2. Je pense que ce livre finira dans ma PAL un jour ou l'autre. Mais je n'en fais pas une priorité. Il semble bon et reconnu.

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  3. Oh j'adore ton idée, c'est super visuel et franchement, ta chronique est encore plus agréable à lire !

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  4. visiblement les digressions sont un des défauts les plus soulignés dans les critiques que j'ai lu pour ce livre... il est à ma PAL depuis la rentrée littéraire mais pas encore eu le temps et le courage de le lire...
    Bon à défaut... je vois l'auteur demain lors d'un festival ^^

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    1. Oh génial ! Tu le vois dans quel festival ? J'aurai bien aimé voir ça ! Oui, il part parfois dans tous les sens ou se répète beaucoup mais il est vraiment bien :)

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  5. Ce livre me faisait envie mais je ne l’ai pas demandé car je n’ai toujours pas lu 1984 (bientôt !) et je me doute bien que de nombreuses références y sont faites. Du coup, pour cette opération, j’ai été sélectionnée pour D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds que j’ai beaucoup aimé ! J’espère pouvoir me procurer 2084 par la suite, car il me fait beaucoup envie malgré les quelques défauts que tu as soulignés.

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    1. Tu peux lire l'un sans avoir vu l'autre, d'ailleurs, les références sont principalement des clins d’œil. Tu n'as pas à l'avoir lu pour comprendre, au contraire, je crois que ça a freiné certains. Ah il faut que j'aille lire ta chronique alors :)

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  6. Ton idée de rapport est bien trouvée, j'aime assez !

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